Discours au Roi

1814-05-02 - Charles Maurice Talleyrand


SIRE,

Le retour de Votre Majesté rend à la France son gouvernement naturel et toutes les garanties nécessaires à son repos et au repos de l’Europe.

Tous les cœurs sentent que ce bienfait ne pouvait être dû qu’à vous-même ; aussi tous les cœurs se précipitent sur votre passage. Il est des joies qu’on ne peut feindre : celles dont vous entendez les transports est une joie vraiment nationale.

Le Sénat, profondément ému de ce touchant spectacle, heureux de confondre ses sentiments avec ceux du peuple, vient, comme lui, déposer au pied du trône les témoignages de son respect et de son amour.

Sire, des fléaux sans nombre ont désolé le royaume de vos pères. Notre gloire s’est réfugiée dans les camps ; les armées ont sauvé l’honneur français. En remontant sur le trône, vous succédez à vingt années de ruine et de malheurs. Cet héritage pourrait effrayer une vertu commune. La réparation d’un si grand désordre veut le dévouement d’un grand courage : il faut des prodiges pour guérir les blessures de la partie ; mais nous sommes vos enfants, et les prodiges sont réservés à vos soins paternels.

Plus les circonstances sont difficiles, plus l’autorité royale doit être puissante et révérée ; en parlant à l’imagination par tout l’éclat des anciens souvenirs, elle saura se concilier tous les vœux de la raison moderne, en lui empruntant les plus sages théories politiques.

Une Charte constitutionnelle réunira tous les intérêts à celui du trône, et fortifiera la volonté première du concours de toutes les volontés.

Vous savez mieux que nous, Sire, que de telles institutions, si bien éprouvées chez un peuple voisin, donnent des appuis, et non des barrières, aux monarques amis des lois et pères des peuples.

Oui, Sire, la Nation et le Sénat, pleins de confiance dans les lumières et dans les sentiments magnanimes de Votre Majesté, désirent avec Elle que la France soit libre pour que le Roi soit puissant.




Enviado por Enrique Ibañes